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La limite
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Lundi 3 Mars 2008
Port de Pêche, Lorient

Tara, que tout le monde appelle « la baleine » a soulevé l’eau. Il n’est pas difficile de comprendre cette comparaison. Le bateau gris, suspendu dans l’air, a la même forme qu’une baleine. En dessous du bateau on voit un monde de couleurs : bleu, noir, blanc, jaune, vert, marron. Ce sont les marques de la dérive, la compression de la glace, la navigation. Après un an et demi sur la banquise, elle restera à Lorient et attendra la prochaine expédition.
Dimanche 2 Mars 2008
Île d’Yeu

Une semaine a passé depuis notre arrivée à Lorient. Après 2 journées de grosses fêtes, nous avons commencé le dernier travail : vider le bateau. Nous avons déchargé presque 25 tonnes de matériel. La quantité de choses dans ce bateau est incroyable. Hier, nous sommes allés à l’Île d’Yeu. Nous avons traversé la Loire qui sépare la Bretagne et la Vendée et après trois heures nous avons pris un bateau pour l’Île d’Yeu. C’était la première fois que je m’éloignais aussi longtemps du bateau. L’île est belle avec de grands rochers, des forêts de pins et des plages couvertes de coquillages. J’ai fait quelque chose qui m’a beaucoup manqué sur la banquise : du vélo. Quand je marche sur la plage je regarde les dessins que le vent et la mer forment sur le sable. Ce sont presque les mêmes dessins que le vent forme sur la neige. Je regarde les empreintes sur le sable et je me souviens des empreintes des équipes et des chiens et des ours polaires sur la banquise. Ici, sur l’île d’Yeu je regarde l’océan Atlantique et dans ma tête je suis l’océan Atlantique jusqu’au moment où il se mélange avec l’Arctique. Et puis je suis la mer Arctique encore plus au nord - jusqu'au point où il est possible de marcher sur l’eau gelée. C’est là que je rêve de revenir.
Dimanche 24 Février 2008
Je suis surprise de découvrir que la langue bretonne existe encore. Tous les panneaux officiels à Lorient sont en breton et en français.
Voici une liste de quelques mots bretons :
Maison=Ty; Mer=mor; Soleil=heol; Pluie=glav; Bonjour=deiz mat; Au revoir=kenavo; Table=taol; Poule=yar; Croix=kroaz; Jour=deiz; Nuit=noz; Pêhe=pesketaer; Bateau à voile=bag dre lien; Tour=tan; A la votre= yec’hed mat; Champ=tachenn; Crêpe=krampouezh; Vahe=bouc’h; Homme=den; Femme=maouez
Samedi 23 Février 2008
L’arrivée à Lorient. Ce n’était pas une journée ordinaire. Le soleil était brillant, il ne faisait pas gris comme d’habitude en Bretagne. Plus nous nous approchions de Lorient, plus nombreux étaient les bateaux qui nous rejoignaient. L’air était rempli des sons des cornemuses. Le long du quai 3000 personnes nous attendaient. A 14h30, l’équipe de Tara nous a rejoint avec les familles. Ce soir-là, il y a eu une fête sous un chapiteau avec de la cuisine bretonne : des huîtres, des crevettes, des galettes, du crabe.
Vendredi 22 Février 2008
La côte bretonne. Nous hissons le drapeau breton : Gwenn-ha-du (blanc et noir).

Février 17-20, 2008
Portsmouth, Angleterre

Notre seconde et dernière escale avant le retour en France. L’écrivain Charles Dickens est né à Portsmouth. La ville était aussi la première base navale en Angleterre donc elle a été détruite pendant la seconde guerre mondiale. Ils ont reconstruit et aujourd’hui le centre sur le port est très commercial. Nous avons fait beaucoup de courses pour les petites choses qui nous ont manqué sur la banquise : des nouvelles chaussettes, des pantalons, des magazines, des journaux et des chaussures noires pour la fête à Lorient. De plus en plus, l’équipe, ma famille sur la banquise, disparaît dans la foule. Après la banquise, je n’aime pas cette expérience de shopping : la musique dans les magasins et les publicités partout.
Mercredi, la plus grande partie de l’équipe d’hiver et de l’été dernier, plus Etienne Bourgois, le propriétaire de Tara et organisateur de cette expédition, sont arrivés pour la fin. A minuit nous sommes partis. La lune semble très loin. Je me souviens d’une fois où la lune était si proche qu’on voyait les détails de la surface.

Jeudi 14 Février 2008
Aujourd ’hui, deux dauphins nagent autour du bateau.
Mercredi 13 Février 2008
La Mer du Nord. A l ’horizon, il y a plusieurs pétroliers autour du bateau.
Mardi 12 Février 2008
Les conditions de vent : (-1 noeud) Calme, (1-3) Très Légère Brise, (4-6) Petite Brise, (11-16) Jolie Brise, (17-21) Bonne Brise, (22-27) Vent Frais, (28-33) Grand Frais, (34-40) Coup de Vent, (41-47) Fort Coup de Vent, (48-55) Tempête, (56-63) Forte Tempête, (+63) Ouragan.
Dimanche 10 Février 2008
Une tempête. Avec la mer violente toutes les choses tombent comme les livres de la bibliotèque et nos verres. Le frigo est l’endroi le plus dangereux du bateau. Chaque fois que j’ouvre la porte quelque chose tombe : un verre d’ail, un container de crème fraîche, un pot de sauce béchamel. Hier soir Hervé est resté trop longtemps avec la porte ouverte et une assiette est tombée et s’est cassée sur sa tête. Il était plus énervé que blessé, mais après quelques minutes nous blaguions : après un an et demi dans l’arctique, c’est le frigo qui est l’aspect le plus dangereux de l’expédition. 66º30 N Nous venons de passer le cercle arctique.
8 & 9 Février 2008
La nuit
Nous avons traversé la péninsule Lufoton au nord de la Norvège. C’est un passage étroit et difficile à naviguer, particulièrement de nuit. La terre (et les autres bateaux) devient un système de lumières que l’on doit lire. Les phares qui transmettent les couleurs vert, blanc et rouge nous aident. Le mot « phare » vient du Grec ancien où en 300 avant J-C Roi Ptolémée II construisait un phare sur l’île du Pharos, à côté d’Alexandrie.
La journée
La paysage est incroyable. Les montagnes nous entourent. Le ciel est bleu et rose. A midi le soleil est très fort, même aveuglant. Tout le monde porte des lunettes de soleil. Avec le soleil et la température chaude (5ºC) nous avons pris l’apéro sur le pont du bateau. Quand je regarde les visages de l’équipe dans le soleil je trouve que c’est difficile de se souvenir de la banquise et de la nuit polaire. Il y a un mois seulement !
Mardi 5 Février 2008
La vie maintenant est une vie de marin. Deux quarts de quartre heures par jour, manger et dormir. Les journées passent comme ça. Pour la première fois depuis plusieurs mois, le soleil apparaît au dessus de l’horizon. Un oiseau s’assied sur le bateau et il fait un voyage gratis.
Lundi 4 Février 2008
A 3h30 nous sommes partis de Longyearbyen. Nos nouveaux amis étaient sur le quai pour notre départ. Ils ont fait des feux d’artifice. Nous avez laissé Zagrey notre vieux chien avec son nouveau maître. C’était le moment plus difficile de l’expédition. Mais Zagrey est un chien polaire et c’est mieux qu’il reste en arctique.
Dimanche 3 Février 2008
Nos amis Berit et Karl nous ont offert un cadeau super : un tour avec leurs chiens de traineaux. Nous sommes allés autour des montagnes et nous avons traversé la vallée. C’etait incroyable de sentir la vitesse de ces chiens. Il sont comme des engins qui ne s’arrêtent pas sauf quand on appuie sur le frein. Notre dernier soir à terre. Je suis triste de quitter l’arctique, le froid, la neige, la glace, les aurores et les étoiles étonnantes.

24 Janvier - 01 Février 2008

Je ne souviens pas de toutes les choses que se sont passées cette semaine. Nous sommes arrivés à terre jeudi dernier. Un bateau avec 20 journalistes nous a rencontré au milieu de Isford. Depuis jeudi notre monde qui était constitué de 10 personnes et 2 chiens a changé rapidement. Le salon du bateau a été rempli des voix de nos visiteurs et leurs téléphones mobiles, leurs questions et leur bonne humeur. Donc le week-end a passé comme ça : des fêtes, des interviews, des dîners. Quelques fois il m’a semblé que plus nous parlions de l’expédition, plus l’expédition disparaîssait. Mais je sais que c’est important de partager notre expérience. Pour tout le monde notre expéditon est incroyable. C’est vrai. Mais, en même temps, cette expédition était une sucession de journées : quelques fois interressantes, quelques fois difficiles. En somme : une vie quotidienne.

Après le week-end nous avons commencé à vider le bateau et préparer le voyage à Lorient - un voyage de 2 semaines. Les personnes qui habitent à Longyearbyen sont très aimables et nous avons trouvé des amis rapidement. Il y a 4 mois quand je suis arrivée ici, Longyearbyen avec une population de 2,500 habitants m’a semblé très petit. Maintenant cela semble une grande ville avec beaucoup de lumières, de magasins et de voitures. C’est bizarre de regarder mon équipe à terre, dans la sociéte, dans les magasins. Nous avons profité particulièrement des choses du monde telles que la pizza (à emporter) et le chewing gum. Des choses comme l’internet et le téléphone mobile me semblent bizarre.

Mardi 22 Janvier 2008
Les trois F du mal de mer : faim, froid, fatigue.
Notre position : 75° 28N 2°8W.
Lundi 21 Janvier 2008
Notre position : nous arriverons à Longyearbyen dans 2 jours. Notre vie a complètement changé. La vie habituelle a disparu : il n’existe plus de repas communs, ni de tâches communes, ni de banquise. La transformation est complète. Même les gens sont transformés : de polaires, ils deviennent marins. Nous naviguons 24 heures par jour et chaque équipe fait le quart deux fois par jour, huit heures au total. Mon quart : 16h à 20h et 4h à 8h. Notre direction : nord et est.
Dimanche 20 Janvier 2008
A 14h30 les moteurs du bateau commencent. C’est la sortie. Nous travaillons par équipe de trois. Une personne reste dans le cockpit et navigue. Les deux autres restent sur le pont et donnent les directions. La navigation est très difficile avec les morceaux de glace. Mais le bateau peut casser presque toute la glace, cependant il y a la vieille glace que nous devons éviter. Les directions : droite, gauche, zéro la barre (avant), prends ton cap (prends ta course ) et stop moteurs. Environ 15 heures après ce type de navigation nous nous trouvons dans la mer ouverte. La pleine lune étonne sur l’eau.
Samedi 19 Janvier 2008
La houle de la mer est de plus en plus haute. La mer est couverte avec de morceaux de glace qui s’appelle « pancakes. » Aujourd’hui est le 500e jour de la dérive. J’ai passé un petit peu plus de 100 jours ici. Nous avons fait une bonne fête.
Vendredi 18 Janvier 2008
Les hurlements commencent. Cette fois les mouvements de la glace sont plus violents. La bateau « suçote ». La nouvelle photo satellite montre beaucoup de fractures dans la glace. Nous sommes très proches. Une heure après, j’ai fait une ballade avec les chiens autour du bateau, la glace a cassé. La puissance de la mer augmente. Un grand lac apparaît côté tribord.
Jeudi 17 Janvier 2008
Le soleil nous donne une vraie énergie même si c’est pour deux ou trois heures. Marion et moi nous rêvons sur la banquise comme si elle était la plage. Nous attendons encore. Pendant le petit-déjeuner Vincent, le journaliste remarque : « On est prêt à partir, mais la glace n’est pas prête. » Hervé est d’accord : « Oui, nous sommes les prisonniers de la glace. »
Lundi 14 Janvier 2008
Plus nous dérivons au sud, plus nous voyons de la lumière. Le soleil est 6° en dessous de l’horizon, c’est le crépuscule « civil» (le crépuscule nautique n’est pas le même). La lune est visible aussi.
Vendredi 11 Janvier 2008
Nous attendons la sortie. Longyearbyen c’est sûr. Tout le monde passe son temps à jouer : échecs, poker, backgammon.
Mardi 8 Janvier 2008
La semaine dernière nous étions à 28km entre l’eau libre et la glace. Maintenant nous sommes à 60km de cette limite. De plus en plus, tout le monde parle de l’Islande.
Dimanche 6 Janvier 2008
L’épiphanie. Une galette des rois.  Il y avait une amande cachée dans le gâteau. Au début, je n’ai pas compris pourquoi Marion s’est cachée sous la table pendant qu’elle disait nos noms. Toute le monde m’a expliqué : elle a dû se cacher parce que c’est elle qui avait fait le gâteau. Il était donc possible qu’elle sache quel morceau contenaitl’amande. J’ai été ravie quand j’ai découvert la « fève » dans ma part et j’ai choisi Sasha pour roi.
Samedi 5 Janvier 2008
Une journée historique : le safran a été installé. C’était une décision difficile à prendre. Plus nous sommes proches de la mer, plus il est important d’avoir le safran.  Mais avec la compression de la glace, il est possible que le safran casse. L’installation était lente, précise et tout le monde a donné un coup de main. J’ai fait la cuisine et pris les photos. D’après moi, l’installation du safran a ressemblé à l’installation d’une grosse nageoire. La transformation du bateaumaison au milieu de l’arctique à un bateau flottant est presque terminée.
Vendredi 4 Janvier 2008
C’était impossible de dormir. La glace s'est encore compressée donc les hurlements ont recommencé. Ce matin nous dérivons à l’ouest.
Jeudi 3 Janvier 2008
77° 02 Nord, 6° 51 Ouest. Vent : 6NDS Nord.
Les hurlements ont remplacé le souffle de la mer. La glace est entrecoupée d’eau. Deux hommes sont descendus du bateau et ils ont essayé d’attacher le bateau avec une plaque de glace. Quand l’ancre est attachée par le cul du bateau il y a plus de flotabilité. Il etait environ midi il y avait un horizon bleu et clair. C’est le sud et notre futur… avec un petit peu de soleil. Ce soir, Sam a gagné un pari. Le question : à combien sommes nous de la limite de la glace. La réponse : 28 kilomètres. Il a gagné du chocolat, qu’il a partagé avec tout le monde. Tout le monde pense que nous arriverons à Svalbard dans une semaine.
Mercredi 2 Janvier 2008
Le vent a changé de direction et nous dérivons plus près de la limite des glaces. Pendant la nuit les plaques de glace ont cassé. Partout. La houle de la mer soulève des morceaux de glaces. J’ai été chanceuse d’être la seule personne sur le pont quand les plaques ont cassé donc j’ai vu le moment véritable de la fracture. 
Mardi 1 Janvier 2008
La fête pour la dernière nuit de l’année. Nous avons mangé une fondue et quand c’était minuit à Paris tout le monde est descendu du bateau et a couru sur la banquise. Nous avons dansé toute la nuit.
Samedi 29 Decembre 2007
Les glaces  sont solides encore et nous avons fait une longue ballade. Nous regardons la distance qui nous sépare du bateau par l’œil de l’objectif de l’appareil photo. C’est bon pour la tête. Pendant la ballade nous avons perdu Zagrey qui a suivi un ours. Après un heure il  revient mouillé mais en bonne forme.
Cette semaine la lune apparaît… notre soleil… notre lumière pour faire des photos.
Vendredi 28 Decembre 2007
Biologie - La glace s’est stabilisée et nous avons commencé les programmes scientifiques. J’ai fait des images de Marion quand elle a collecté des échantillons de plancton de mer. Le plancton est constitué d’organismes qui forment, directement ou indirectement, toute la nourriture pour les organismes marins. Il y a deux genres qu’elle collecte : zooplancton et phytoplancton. Nous regardons le zooplancton quand il bouge dans la fiole. Parmi le zooplancton il y a les crustacés qui ressemblent à des petites crevettes, de la taille de 2mm. Il y a beaucoup de genres de plancton et leurs caractéristiques dépendent de la profondeur de la mer. Cependant tous les genres partagent une caractéristique importante : ils n’ont pas de direction délibérée et ils dérivent avec la mer. Le mot plancton est dérivé du mot Grec Planktos qui veut dire « vagabonder». J’aime penser que nous ressemblons au plancton, comme lui nous dérivons sans contrôle  de notre vitesse et de notre direction.
Mardi 25 Decembre 2007
Noël sur la banquise. Le gigot. Le magrais de canard. Le vin blanc. Beaucoup de cadeaux. Comme plein de choses ici tous les cadeaux sont des bricolages pour lesquels on utilise les ressources disponibles : une fiole d’eau de la mer arctique, des truffes aux chocolats, tricotage avec des fils de parachutes, une aquarelle.
Mercredi 19 Décembre 2007
Ce matin nous avons fait les décorations de Noël. Nous avons utilisé les décorations de l’année dernière et des inventions nouvelles. Marion a fait un arbre de Noël en bois. Audun et Grant ont fait des flocons de neige. J’ai écrit « Joyeux Noël » dans les quatre langues parlées ici : le français, l’anglais, le norvégien et le russe. Dans la boite des décors Grant a découvert une surprise : une carte de Noël que Viktor (qui était là Noël dernier) nous a laissée. Nous avons accroché notre première carte de Noël.
Lundi 17 Décembre 2007
Les hurlements continuent. Mais quand les hurlements s’arrêtent il y a un autre son plus subtile : le son de la mer, de la houle. Le bonhomme de neige qui était ici depuis l’eté qui a survécu au soleil, aux vents et aux tempêtes de l’hiver, a flotté vers le sud et a disparu à l’horizon.
Dimanche 16 Décembre 2007
Pendant la nuit le bateau a tourné. L’étrave du bateau est face au nord maintenant. Le baleine qui dormait se réveille et elle commence à bouger. Notre petit jardin est terminé. De plus en plus, nous nous trouvons dans un bateau avec des mouvements limités. Mais c’est pour les chiens que je suis triste. Ils n’ ont plus d’espace pour courir.
Samedi 15 Décembre 2007
Nous utilisons une planche de bois pour joindre le bateau et le petit morceau de glace stabilisé. Audun a bâti d’autres toilettes parce que nous avons perdu les autres hier. Ces toilettes ressemblent à un chateau de glace.
Vendredi 14 Décembre 2007
C’était à prévoir que la banquise allait casser. Ce matin nous avons vu l’eau autour du bateau. Après quelques minutes les fissures sont devenues plus grandes. Et puis les bruits ont commencé. Comment peut-on décrire les sons de la glace quand elle bouge ? Ces hurlements me rappellent ceux d’une maison hantée ou d’un animal sauvage qui est prisonnier. Marion et moi avons commencé à préparer le déjeuner et quand nous avons fini, la glace avait bougé très violemment. Maintenant, nous avons seulement un petit morceau de glace (200 mètres carré ) stabilisé sur le coté babord. Le commencement de la fin.
Vendredi 7 Décembre 2007
Après le dîner, j’ai présenté à tout le monde ma première création artistique que j’ai faite ici. J’étais nerveuse parce que c’était la première fois que tout le monde voyait mon art. Je pense qu’ils l’ont aimé. Pour moi, les opinions de l’équipage sont très importantes.
C’est vendredi. Nous avons beaucoup travaillé cette semaine. Nous nous sommes couchés tôt. Mais il y a eu une surprise: à onze heures moins le quart Sam a vu un ours polaire très proche du  bateau.  Tout le monde s’est levé.
Mercredi 5 Décembre 2007
Nous sommes très proches de la limite de la glace et de l’eau libre. Mais nous dérivons  à l’oest et parallèlement  à la limite. la première fois depuis un an, Grant et moi hissons la voile trinquette. Nous avons pris des photos et puis nous avons baissé la voile. Petit à petit, nous sommes prêts à naviger.
Mardi 4 Décembre 2007
Ici tout le monde a un rôle particulier. Je suis l’artiste bien sûr mais dans la vie quotidienne un artiste n’a pas un rôle particulier. J’aide Hervé avec le carotage de la glace, la mesure de la neige et l’entrainement du Tiksi notre chien cadet. Mais aujourd’hui j’ai trouvé ma spécialité: j’organise la bibliothèque. Il y a beaucoup de livres en tous genres: des histoires d’Arctique, des romans, des livres techniques de mer et navigation. Il y a beaucoup de magazines pour tous les goûts: Voile, The Economist, Playboy, Paris Match même le New Yorker. Le volume le plus récent : Septembre 2007.
Lundi 3 Décembre 2007
A Bonfire. Un feu de joie. Nous n’avons plus besoin de la plupart du bois à bord. Nous avons brûlé notre bois. Tout le monde est resté autour du feu et a bu boit du cognac.
Samedi 1 Décembre 2007
Vincent, Hervé et moi avons pris des photos. Nous sommes allés à “la ligne de la validation” (le site de nos observations scientifiques) qui n’existe plus. Maintenant il y a une grosse ouverture que nous appelons “la riviera.” Avec la lumière de la lune on voit une petite réflexion sur l’eau. Devant notre “riviera” il y a une grosse fissure et j’y ai mis nos lampes frontales pour faire une photo surréaliste.
Vendredi 30 Novembre 2007
Nous continuons à préparer le bateau pour naviguer. Nous arrimons le matériel sur le pont du bateau (arrimer est un terme maritime qui veut dire “attacher”).
Jeudi 29 Novembre 2007
Nous dérivons au sud et à l’ouest. Notre première escale sera peut-être l’Islande. Notre première escale sera peut-être l’île volcanique de Jan Mayer avec ses 50 habitants. Ce soir nous avons vu une aurore boréale. L’aurore va d’est en ouest. Tout le monde prend des photos. Quand je vois les photos, je pense que l’aurore apparaît plus impressionante sur les photos parce que l’appareil numérique voit plus de détails que nos yeux. L’aurore semble plus forte et il y a beaucoup de couleurs sur des photos. D’après moi, normalement la vie est plus jolie et plus intéressante que les photos.  Mais dans ce cas c’est l’inverse : les photos sont mieux que la vie.

Samedi 24 Novembre 2007

La quatriéme journée de tempête.

Notre monde est un monde féminin :
La glace
La banquise
La neige
La lune
La mer
La nuit
Une étoile

Vendredi 23 Novembre 2007
La troisième journée de tempête. Tout le monde reste a l’intérieur. Nous nous réveillons comme nous voulons. Cette semaine, j’apprends à faire des desserts français:

CLAFOUTIS (pour 10 personnes)
Mélanger:
8 oeufs
(nous n’avons pas d’œufs, donc nous cuisons avec de la poudre lypholisiée d’ oeufs)
250 gr sucre
160 gr farine
125 gr beurre
50 cl lait (2 cuillère de lait en poudre)
1 boîte de fruit

Beurrer le moule. Poser des fruits. Mettre le mélange.

Cuisson: 50 minutes environ
Jeudi 22 Novembre 2007
Pendant la nuit polaire je vois les moindres détails. Quand les étoiles sont brillantes, on peut voir les formes de glace. Je leur donne des noms. Il y a une chaise, un dragon et un serpent.

Mercredi 21 Novembre 2007
Une tempête. Un blizzard.  Le vent souffle du nord, 30 noeuds. Soudain, nous allons vers le Sud avec de la vitesse. Le vent seul connaît notre futur. Maintenant le vent dit que nous allons au sud. Le vent dit que nous reviendrons à Longyearbyen avant Noël.

Mardi 20 Novembre 2007
Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Baudelaire
Il y a les vivant; les morts
Et les gens qui vont sur la mer.

Trois types : les vivants, les morts et les gens qui vont sur la mer. Peut être est-ce comme cela ici : le bateau est enfoncé dans la glace, la glace solide reste sur la mer et nous ne marchons ni sur la terre, ni sur l’eau.

Nous attendons la sortie des glaces et préparons le bateau pour naviguer. Le gouvernail d’urgence est mis en place. La température est de moins 30°C. Pour faire une marche autour du bateau, on porte beaucoup de vêtements. Une promenade dans “le jardin” devient un expédition. Je vois des fissures dans la glace. Quelques-unes sont petites, d’autres sont grandes. Quelques fissures ressemblent aux fissures dans un mur. Quelques fissures forment la lettre X, comme les croisements.  Toutes ces fissures se briseront, je les regarde comme une carte de notre futur.  Cela me rappelle les diseuses de bonne aventure qui assises derrière les fenêtres des magasins à New York City, lisent les lignes de la main pour dire le futur. Ici nous pouvons lire les lignes sur la glace et voir le futur.

Jeudi 8 Novembre 2007
Le glace bouge encore. Le lac devant le bateau a disparu. Pendant la nuit des pressions sur la glace ont formé une crête. Hier nous avons traversé le méridien de Greenwich. Donc, pour la première fois de cette dérive, notre position est Nord-Ouest. Nous sommes à 150 miles de la côte du Groenland. Nous avons bu un apéro (Ricard) pour fêter notre nouvelle position.
Lundi 5 Novembre 2007
Dans les temps anciens, la mer arctique s’appelait “la mer de lait.” C’est facile de comprendre cette métaphore parce que quand la mer est gelée (normalement au dessus 80° Nord), une couverture blanche nous entoure. Il n’y a plus de limite. Mais tout a changé hier soir, vers minuit environ. Après avoir joué au Tarot, nous sommes sortis du bateau pour voir que notre monde avait changé. Devant le bateau (face au Sud), une grande section de glace avait bougé. Soudainement, notre désert est devenu un lac avec des limites claires et précises. Je n’ai jamais entendu les sons de la glace glissant sur la mer. Nous attendions ce moment, donc nous étions prêts à l’action. Dans un premier temps, nous avons récupéré les équipements scientifiques. Ensuite, nous avons dégagé les bidons de kérosène et nous les avons mis sur le pont du bateau. Après le travail, nous avons regardé notre nouveau monde : la mer, les petites montagnes de glace et les ombres des nouvelles formes.
Samedi 1 Novembre 2007
Le ciel est noir et clair après plusieurs jours sans étoiles et sans lune. C’est le calme avant la tempête. Les marins français disent que, avant la tempête, les esprits du vent soufflent sur les étoiles qui comme des bougies scintillent de mille feux et avertissent le marin du mauvais temps. Nous regardons le ciel clair et attendons la tempête.

Mercredi 31 Octobre 2007
De New York, j’apporte une tradition trés américaine : Halloween.
Nous faisons une fête dans notre tente de survie (elle s’appelle un “kaptsch” , une tente russe). C’est parfait parce que la tente est orange comme une citrouille. À 8 heure du soir, tout le monde (10 au total) descend du bateau. Nous sommes trop pressés pour faire des costumes, aussi nous faisons des masques. Chaque personne entre dans la tente avec son masque. Avec du matériel limité, nos masques sont très astucieux : un masque fabriqué avec des boîtes en carton pour les oeufs, un masque fabriqué de pellicule exposée (c’est moi), une cape en parachute (la matière est blanche et transparente), un masque avec le tête du balai. Dehors, Sam fait un spectacle incroyable : il jongle avec les bâtons de feu. Tout le monde le regarde sous la pleine lune d’Halloween.

Lundi 29 Octobre 2007
Quelques fois il est facile d’oublier que j’habite dans un bateau parce qu’il est prisdans les glaces. Oui, nous bougeons, mais nous bougeons très lentement, ainsi ce bateau est plus comme une maison au milieu du désert. Mais ma maison est en fait une goélette. Une goélette est un bateau à deux mâts. Cette semaine, j’apprends quelques termes marins. Par exemple le nom du câble qui joint les deux mâts  s’appelle marocain comme un homme du Maroc.  Il y ales bômes, les hauts haubans et les galhaubans. A l’avant, il y a le bas étai et le haut étai à l’arrière il y a le pataras. Mais pour moi ce sont les lazy jacks qui sont les plus faciles à me souvenir parce que le nom est anglais et les câbles sont rouges.

Jeudi 25 Octobre 2007
Trois semaines depuis que le soleil a disparu et les journées sont sombres. Ce matin, la lune apparaît. Maintenant la lune est notre soleil et nous donne la lumière. Après deux tempêtes, il y a beaucoup de neige autour du bateau. Nous pelletons, nous pelletons, nous pelletons. Tous le monde me dit qu'il n’y a pas de certitudes dans l’arctique, mais selon moi il y a une certitude : c’est que nous pelletterons encore et encore. Il y aura toujours une autre tempête.
Mardi 23 Octobre 2007
Je suis arrivée il y a un mois. Le temps a passé rapidement. La vie, les routines, le froid sont devenus des choses normales.
Lundi 22 Octobre 2007
Faire et défaire est la loi première de l’Arctique. Les bidons de kérosène sont un exemple parfait. La première fois, nous avons bougé les bidons de kérosène plus près du bateau parce que nous avions besoin de kérosène. Puis nous les avons mis sur le pont du bateau parce que nous ne voulions pas perdre les bidons sur la glace qui bouge. Ensuite nous avons bougé les bidons à coté du bateau parce qu’ils étaient trop lourds sur le bateau. Au total, nous les avons bougés quatre fois. Le bateau existe grâce à deux mondes : la glace et l’eau. Nous utilisons la glace comme la terre mais en fait, la glace peut bouger soudainement. Comme un jeu d'échec, nous devons nous préparer à toutes les possibilités.
Jeudi 18 Octobre 2007
La tempête est arrivée. Maintenant, avec des températures de moins 25 degrés Celsius, nous devons casser la glace pour avoir de l’eau. Donc la tâche communautaire est difficile cette semaine. Pendant que j’écris, le vent claque le bateau et ma chambre est pleine des sons du vent. Je regarde la journée disparaître. Ces jours sont ni sombres, ni clairs. Ces jours ressemblent à une marche avec les yeux à demi fermés.
Lundi 15 Octobre 2007
Nous faisons une dégustation avec quatre assiettes de glace. Pourquoi ? Chaque jour est plus froid et notre trou d’eau est glacé. Donc, nous devons faire fondre la glace et il est important que nous choisissions un endroit pour prendre la glace avant le début de l’hiver. Hervé, Vincent et moi choisissons la glace et faisons une dégustation avec tout le monde. Nous voulons trouver la glace parfaite. Qu’est-ce que la glace parfaite ? La glace parfaite n’a pas trop de sel et la glace doit être proche du bateau. Pendant la nuit polaire les distances deviennent longues.
Samedi 6 Octobre 2007
Aujourd’hui, c’est le dernier rayon de soleil. Après aujourd’hui commence la descente dans la nuit. Dans la tente blanche à côté du bateau nous faisons une fête pour le dernier rayon. Avec les accordéons, les tambours, le cognac plus la bière norvégienne (elle s’appelle “Arctic Beer”). Nous avons fait un barbecue avec de la viande marinée préparée par Marion et moi.
Lundi 1 Octobre 2007
Nous filmons la mer. C’est vrai. Nous utilisons un appareil spécial et nous le mettons dans le trou de la CTD. La plupart du temps les images sont trop noires pour voir mais de temps en temps nous voyons la glace, la frazil (la nouvelle glace) et quelques couleurs comme du mauve et du vert. La mer est un mystère pour nous et nous essayons de la comprendre. Nous la mesurons, nous la filmons, et nous plongeons dedans. Cette semaine ma tâche communautaire est le nettoyage. J’apprends le vocabulaire pour cette tâche : le nettoyage, la lessive, le nettoyage de la douche, l’aspirateur, le ménage.
Dimanche 30 Septembre 2007
Hier la tempête est arrivée. Tout le monde est resté dans le bateau. Ce matin le ciel est gris. Le vent frappe le bateau et mon visage aussi. J’ai fait la “CTD” avec Hervé, l’ingénieur. La CTD est une machine attachée à un cable qui enregiste des données sous l’eau jusqu’a 3,000 mètres.
Jeudi 27 Septembre 2007
Soudain le soleil nous rend visite. Le ciel est bleu et à l’horizon nous regardons les parélies (« sundogs » en anglais). Le soleil apparaît comme une grosse boule de feu. À droite et à gauche il y a 2 rayons verticaux qui resemblent à des arc en ciel. On désire passer dans cette porte de lumière. On veut aller à l’horizon des arcs en ciel.
Mardi 18 Septembre 2007
Longyearbyen, Svalbard
Nous attendons à Longyearbyen. Hier soir, le petit avion et les pilotes sont arrivés. Les pilotes ont testé la piste de glace à coté du bateau. Ils pensent que nous devons attendre un autre jour pour partir parce que le temps est mauvais. Il y aura 3 ou 4 vols parce que l’avion ne peut pas avoir trop de poids. L’équipe du film, le photographe et l’ingénieur doivent partir au premier vol. Le journaliste et moi partons vendredi. Peut être. Aujourd’hui le temps est couvert. Derrière moi les glaciers sont marron. Devant moi les glaciers sont blancs de neige. A droite, il y a un homme qui peint la maison. Chaque jour je le regarde. Aujourd’hui je pense qu’il va finir. Longyearbyen semble comme la fin du monde, mais même ici il y a une routine. Les maisons ont besoin de peinture, les gens travaillent et rencontrent leurs amis au café. Maintenant, je vais rencontrer mon ami au café.
Lundi 17 Septembre 2007
Longyearbyen, Svalbard
Il pleut. Il fait gris comme en Bretagne. Nous attendons. Aujourd’hui, pour mon cours de français, Hervé (l’ingénieur de l’expédition) et moi regardons les photos sur le mur. J’ai mon mur favori dans l’hôtel parce que les photos représentent l’histoire de Longyearbyen. L’histoire de Longyerbyen est en partie l’histoire des houillières. Sur la première photo les hommes construisent des pylônes. Sur une autre photo, deux hommes et une femme font une épissure. Sur la troisième photo, trois hommes ont une posture de soldat avec leurs marteaux.
Dimanche 16 Septembre 2007
Longyearbyen, Svalbard
Nous arrivons à Longyearbyen. Longyearbyen est un village sur l’île Svalbard en Norvége. Avec 78°, Longyearbyren est le village le plus au nord du monde. Longyearbyen est un grand village de 2.000 habitants. Il y a une université qui est très importante pour la recherche scientifique. Le paysage est un mélange de glaciers, de montagnes et de mer.
Samedi 15 Septembre 2007
Oslo, Norvège
Je regarde les femmes à Oslo. Toutes portent des vêtements d’automne. Avec leurs vestes et bottes du cuir, avec leurs talons hauts, avec des jolies écharpes. Porter des vêtements d’automne me manque. Pour l’Arctique on n’a pas besoin de ces choses. J’ai emballé trois pulls, deux pantalons, des bottes de neige et beaucoup de blousons de ski. J’ai emporté plus d’appareils electroniques que de vêtements !

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