Histoire de la BD
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Située au croisement des arts littéraire et graphique, la bande
dessinée est une forme d’expression narrative suggérant le déroulement
d’une histoire au moyen d’une succession d’images dessinées fixes
organisées en séquences. Comme la littérature et le cinéma, la
bande dessinée peut être découpée en genres : policier, noir,
espionnage, historique, western, science-fiction, fantastique, fantasy, aventure etc.
Les premières caractéristiques de ce que l’on appelle
aujourd’hui la bande dessinée apparaissent très tôt dans l’histoire.
Ainsi, dès le Moyen-âge, des livres illustrés de miniatures contiennent
déjà des bandeaux de textes qui font parler les personnages. En 1796, Jean-Charles
Pellerin fonde l’Imagerie d’Epinal et devient le premier à imprimer en série
ces fameuses images aux couleurs vives et aux sujets très variés traitant généralement
de la religion, l’histoire (la Révolution française, les batailles, les
uniformes militaires), ou tirés de romans à succès.
En Europe, c’est au Suisse Rodolphe Töpffer que l’on doit
la première bande dessinée. Dans son Histoire de M. Jabot (1833), texte
et image sont pour la première fois articulés de telle sorte que l’un n’a
pas de sens sans l’autre. Parmi les pionniers de ce art nouveau on mentionnera également
Nadar, Histoire de M. Lajaunisse (1839) ; Cham, Grandville, Gustave Doré, également
connu pour ses peintures ; Albert Robida, Voyages très extraordinaires de Saturnin
Farandoul (1879) et et Caran d’Ache, Histoire de Marlborough (1885) ; Christophe,
auteur de La
Famille Fenouillard (1893) et du Sapeur
Camember (1896). A la même époque, The Yellow Kid par Richard Felton
Outcalut et The Katzenjammer Kids inaugurent la bande dessinée outre-Atlantique.
Avant d’être un phénomène d’édition,
la bande dessinée était uniquement un phénomène de presse. L’histoire
de la bande dessinée est donc étroitement liée à celle des journaux
qui les publiaient. En 1905, Bécassine fait
sa première apparition dans La Semaine de Suzette. Trois ans plus tard, ce sont
Croquignol, Filochard et Ribouldingue (Les Pieds Nickelés) qui vivent leurs premières
aventures dans L’Epatant sous la plume de Louis Forton. C’est qu’au
début du XXe siècle, la bande dessinée s’adresse avant tout à un
public juvénile. Deux courants se forment parmi les revues qui publient ces bandes dessinées.
Certaines sont destinées à un public populaire (le Petit Illustré,
1904 ; l’Epatant, 1908 ; Fillette, 1909 ; l’Intrépide,
1910 ; Cri-Cri, 1911), tandis que d’autres visent un public plus bourgeois
(les Belles images, 1904 ; la Semaine de Suzette, 1905 ; l’Echo
de Noël, 1906).
Alain Saint-Ogan est le premier dessinateur français à systématiser
l’utilisation de phylactères (ou bulles) dans sa série Zig et Puce parue
en 1925 dans le Dimanche illustré, supplément hebdomadaire pour la jeunesse
du quotidien l’Excelsior. Tandis qu’aux Etats-Unis Tarzan et Buck
Rogers lancent les strips d’action, en Belgique un certain Georges Rémi
devient responsable du Petit Vingtième, le supplément pour la jeunesse
du quotidien le XXe siècle et, en 1929, crée les personnages de Tintin
et Milou sous le pseudonyme de Hergé.
Au début des années 1930, la concurrence grandit entre les
revues françaises toujours plus nombreuses et pour beaucoup d’entre elles les
temps sont durs. Le Journal de Mickey fait son apparition en France en 1934. Son succès
immédiat inspire encore plus de nouvelles revues publiant surtout des artistes américains
(Hurrah ! ; Jumbo ; Robinson ; le Journal de Toto ; l’As).
De 1938 à 1940, Junior publie Futuropolis de Pellos, qui révolutionne
la science-fiction. A noter enfin la naissance de l’hebdomadaire le Journal de Spirou en
1938, crée par Jean Dupuis, un éditeur belge.
La plupart des publications françaises cessent pendant la Seconde
Guerre mondiale, interdites ou refusant de céder aux exigences de l’occupant, à l’exception
de quelques magazines collaborationnistes (le Téméraire ; Fanfan la Tulipe ;
le Mérinos). En Belgique, Tintin est publié en couleur et sous forme
d’album pour la première fois. Mais en raison des restrictions de papier provoquées
par la guerre, Hergé,
avec l’aide d’Edgar
P. Jacobs, le futur auteur de Blake
et Mortimer, est obligé de retravailler les aventures du célèbre
journaliste pour les faire tenir dans un album de 62 pages seulement.
A la fin de la guerre, de nouveaux périodiques apparaissent. Le
Jeune Patriote, journal clandestin de la Résistance de 1942 à 1944 devient Vaillant.
L’hebdomadaire Spirou revient en kiosque et compte dans ses rangs une pléiade
d’artistes qui donneront naissance à l’Ecole de Marcinelle : Victor
Hubinon (Buck Danny), André Franquin (Spirou
et Fantasio), Morris (Lucky
Luke), Peyo (Johan
et Pirlouit), Jean-Michel
Charlier, René Goscinny et
Octave Joly.
En 1957, Gaston
Lagaffe, le personnage d’André Franquin,
fait ses premières bévues dans le Journal de Spirou.
Le journal Pilote paraît pour la première fois en 1959
et inaugure un nouveau chapitre dans l’histoire de la bande dessinée francophone.
Novateur, cet hebdomadaire se démarque immédiatement des autres de par sa qualité,
et offre les meilleurs bandes dessinées du moment ainsi que des rédactionnels
très soignés. Dans ses pages, les jeunes lecteurs y retrouvent entre autres Ivanhoé de
Leroy et Antonio Parras, Barbe-Rouge et Tanguy
et Laverdure de Jean-Michel
Charlier et Victor
Hubinon, Blueberry de Jean Giraud et Jean-Michel Charlier, les Dingodossiers de Gotlib, Philémon de
Fred, Bob Morane de Gérald Forton, Gébé et Reiser conçoivent également
quelques histoires courtes pour le périodique. C’est aussi dans le journal Pilote que
deux célèbres Gaulois bagarreurs font leur apparition en 1959. Le premier album
des aventures d’Astérix
et Obélix sortira deux ans plus tard. C’est aussi dans Pilote que René Goscinny et Jean-Jacques
Sempé racontent les aventures du Petit Nicolas. Devenu rédacteur en chef
de Pilote en 1963, Goscinny,
l’un des pères d’Astérix,
décide en 1968 d’orienter le journal vers un public plus âgé avec
des auteurs comme Claire
Bretécher, par exemple.
Les années soixante voient une importante mutation de la bande dessinée
francophone. Tandis que Spirou traverse une grave crise d’identité, le
journal Vaillant devient Pif Gadget en 1969.
En 1975, Jean-Pierre Dionnet, Philippe
Druillet et Moebius fondent
les Humanoïdes Associés et créent Métal Hurlant, un magazine
de bande dessinée de science-fiction qui s’arrêtera en 1987. Les années
70 marquent aussi une politisation de la bande dessinée adulte qui donne volontiers
dans le pornographique mais aussi la contre-culture et le subversif, ce qui vaudra à plusieurs
journaux des démêlés avec la justice : Actuel (1970), Hara
Kiri (1960, qui deviendra Charlie Hebdo suite à une interdiction du journal
par la justice). Seul le magazine Fluide Glacial fondé en 1975 par Gotlib sort
du lot. Son humour débridé, libertaire, absurde, porté par des auteurs
talentueux (Gotlib,
bien sûr, mais aussi Manu
Larcenet, Lelong,
Edika, Franquin,
pour ne citer qu’eux) ont valu au magazine un public fidèle de plusieurs générations
de potaches et font jusqu’à ce jour le succès de ce magazine déjanté.
D’un graphisme qui se démarque
d’avec la bande dessinée traditionnelle, abordant des thèmes nouveaux à travers
des histoires plus complexes et mettant en scène des personnages ambigus, le roman graphique
fait son apparition au début des années 1980. La
Ballade de la mer salée d’Hugo
Pratt est généralement considérée comme le premier roman de
ce genre nouveau qui inspirera des auteurs comme Tardi, Cabanes, Forest, Comès, Sokal et Benoît
Peeters.
L’émergence du roman
graphique s’accompagne également d’une prise de conscience que le graphisme
doit se mettre au service d’une bonne histoire. Un bon exemple de cette nouvelle tendance
est l’éditeur Glénat qui publie Les
passagers du vent de François
Bourgeon. Au fil des ans, Glénat confirmera cette tendance en publiant des titres
de grande qualité comme Grimion de Makyo ou Sambre de Yslaire.
Chez Dargaud, Régis
Loisel et Serge
Le Tendre publient La
Quête de l’oiseau du temps.
Autrefois représentée presque exclusivement par la presse,
la bande dessinée devient de plus en plus l’affaire des éditeurs. Les périodiques
ne s’en remettront pas et des grands noms comme Métal Hurlant, Pilote, Charlie
Mensuel, Circus et, plus tard, Pif Gadget disparaissent.
Les éditions Delcourt font leur apparition en 1986 et s’imposent
bientôt par leur exigence et professionnalisme avec par exemple des titres comme Aquablue de Thierry
Cailleteau et Olivier
Vatine ou Légendes
des contrées oubliées de Bruno
Chevalier et Thierry
Ségur.
En 1990, un groupe de jeunes illustrateurs (Jean-Christophe Menu, Lewis Trondheim, David
B., Mattt Konture, Stanislas Barthélémy et Mokeït) crée L’Association,
une maison d’édition novatrice qui mêle différents formats et genres à son
catalogue et qui a entre autres permis à Marjane
Satrapi (Persepolis) et Joann
Sfar d’atteindre la renommée que l’on sait.
Cette tendance vers des formats plus libres est toujours d’actualité.
Les « grands éditeurs » suivent la tendance en créant de
nouvelles collections qui tiennent compte du goût du public pour des œuvres souvent
plus intimistes ou autobiographiques. |
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